Paris, Maspéro, Coll. Cahiers libres, 1964. 205 pages
Dans ce climat interne malsain, la Guinée tenta cependant un rapprochement
avec la France, ces tentatives se situant dans un ensemble politique modéré.
Aux lendemains de l'Indépendance, le Président Sékou
Touré tenait tant aux instances locales qu'aux instances internationales
et notamment françaises des propos apaisants. Les décisions
du Gouvernement guinéen n'étaient volontairement entachées
d'aucun extrémisme.
Deux jours après la proclamation des résultats du référendum,
Sékou Touré acceptait de répondre aux questions de
la colonie européenne, dans une séance organisée par
la Chambre de Commerce et son Président, Monsieur Pouech.
Dans son discours inaugural, le Président guinéen affirmait
le sens qu'il entendait donner au vote de son pays :
"Notre volonté d'indépendance ne doit pas être interprétée comme une volonté de rupture avec la France. Mes réponses se ressentiront donc forcément de notre intention ferme de rester dans le système français."
Et de conclure
"Qu'accédant à l'Indépendance,
Après son discours, le Président Sékou Touré
répondit aux diverses questions complémentaires qui lui furent
posées par des auditeurs.
Dans son allocution finale enfin, s'adressant sur un ton vibrant qui devait le faire applaudir par une population européenne jusqu'alors hostile
car elle craignait pour le paiement des factures administratives, Sékou
Touré affirmait :
"Vous verrez, en faisant la différence de climat social, de climat de paix ou de sécurité de vos capitaux, la notable différence entre une Guinée qui, sans aucune division dans ses organismes politiques, syndicaux, de jeunesse, d'anciens combattants ou de femmes a répondu Non et d'autres populations territoriales fortement divisées en Oui et Non. La Guinée sait, comme elle l'a toujours affirmé, que l'indépendance politique ne peut être qu'un moyen et non une fin en soi, que l'indépendance politique ne trouve sa consolidation que dans le développement économique et dans le climat de paix sociale qui pour le pays pourraient étre retrouvés par les efforts coujugués des uns et des autres.
Vous constaterez qu'à partir du moment où dans tous les autres territoires, toute la jeunesse universitaire, intellectuelle, tout ce qu'il y a de fonctionnaires, c'est-à-dire d'éléments intellectuels, de cadres techniques africains, tout ce qu'il y a de travailleurs a travers leur organisation, d'étéments donc conscients qui se trouvent aujourd'hui même, en tant que minoritaires dans un camp agissant, qu'à partir du 28, le climat de paix, de tranquillité et de sécurité accrue dont vous bénéficierez en Guinée ne sera pas le privilège de vos homologues industriels et commerçants des autres territoires. Vous aurez à faire la constatation, et c'est à partir de ce moment que vous comprendrez qu'il est mieux pour des partenaires de se dire ce qu'ils pensent et de construire sur la base de cette loyauté et de ce courage, sur la base des réalités de ce pays, que de rester à contempler un climat superficiel de paix, mais au sein duquel des contradictions violentes vont tôt ou tard surgir et mettre en cause ce que l'on a cru pouvoir sauvegarder. "
(Applaudissements.)
Le 2 octobre 1958, I'Indépendance était solennellement proclamée avec la même modération. Elle était présentée comme une conséquence même des décisions du Général de Gaulle dont la déclaration du 25 août 1958 était le premier considérant. La République de Guinée n'était pas proclamée populaire malgré ce que d'aucuns espéraient ou redoutaient.
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Fulbright Scholar. Rockefeller Foundation Fellow. Internet Society Pioneer. Smithsonian Research Associate.