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Histoire / Idéologie / Politique
Alpha Condé
Guinée : Albanie d'Afrique ou néo-colonie américaine ?

Paris. Editions Git le Coeur. 1972. 270 p.


Sékou Touré
ou le goût forcené du pouvoir personnel
et les complexes de l'autodidacte

Ce qui caractérise et a toujours caractérisé Sékou Touré, c'est sa soif du pouvoir. Incontestablement intelligent, doué d'une grande capacité de travail, très rusé, dynamique et bon orateur, il était avec Keïta Koumandian et Diallo Saifoulaye, de tous les hommes politiques guinéens de la période coloniale ceux qui avaient réellement une envergure nationale, c'est-à-dire qui étaient capables d'envisager le problème guinéen dans son ensemble.
Mais au lieu de mettre ses capacités au service du peuple, il s'en est servi pour assouvir son ambition personnelle. Il est le type de l'opportuniste parfait, servant à tour de rôle ceux qui pouvaient le faire accéder au pouvoir ou l'y maintenir.

D'abord, poulain du gouverneur général Cornut-Gentille, il exécuta les basses oeuvres de sabotage des syndicats. Puis, il devint le président-directeur-général de la nouvelle classe dirigeante de Guinée.
Les intérêts de celle-ci se trouvant en contradiction avec ceux d'une fraction du capitalisme français, Sékou s'empressa d'ouvrir largement les portes de la Guinée à l'impérialisme américain.
Depuis, il a servi fidèlement l'impérialisme américain qui, en contrepartie, le maintient au pouvoir en lui versant des subsides et en l'aidant à déjouer par la CIA les tentatives des services secrets français et autres.

Autodidacte, il en a gardé tous les défauts, sans en avoir les qualités. Sékou souffre en effet du complexe de n'être pas universitaire ; c'est ce qui explique sa haine profonde contre les intellectuels. Le fait qu'il soit arrivé au pouvoir malgré son manque d'instruction l'a rendu mégalomane. Tout comme Hitler, autre autodidacte, il veut prouver qu'il est un génie. Aussi, en Guinée, tout doit passer par lui : il se croit le meilleur ingénieur, le meilleur poète, le meilleur professeur, le meilleur juriste.

Que sa compréhension des problèmes économiques et financiers soit limitée, pour ne pas dire nulle, peu importe. Du moment qu'il a pu devenir président, il se croit capable de tout. Il n'a aucune conscience de ses limites. Son orgueil maladif l'aveugle.

Tout en Guinée doit être décidé par lui. C'est pourquoi il s'est entouré de collaborateurs incapables, corrompus et vils qui en aucun cas ne peuvent s'opposer à sa volonté. Sékou est en effet l'ennemi de la compétence et de l'honnêteté. Son pouvoir personnel étant basé sur la corruption et l'irresponsabilité, tout cadre compétent, honnête et digne devient pour lui un danger ; il faut par conséquent l'éliminer. Alors Sékou profitera d'un de ces « complots » périodiques pour « l'embarquer » dans le fourgon des « comploteurs ».

Son goût prononcé du pouvoir personnel le rend extrêmement dangereux : il est capable de tout pour garder son pouvoir. Un de ses plus proches collaborateurs et compagnon de la première heure, Camara Bengaly, ne disait-il pas que Sékou Touré était capable de liquider physiquement la moitié des populations guinéennes pour régner sur le reste !
En effet, Sékou n'a jamais hésité à se débarrasser, parfois physiquement, de tout ce qui semblait menacer son pouvoir. Il n'a pas hésité à faire mourir en prison Camara Bengaly, qui avait été pourtant pendant longtemps son fidèle lieutenant.
Combien d'autres de ses compagnons ont connu les geôles guinéennes pour avoir été simplement en désaccord ; combien d'autres sont tombés en disgrâce parce qu'ils ne servaient plus le fama 1, avec le même zèle qu'auparavant.

Pour sauvegarder son pouvoir personnel, Sékou a mis au point toute une série de méthodes :

Note
1. Fama : seigneur.
[ Yves Person relève la différence entre mansa et fama chez les Mande du Sud. Le premier titre désigne un chef traditionnel considéré comme légitime. Le second s'applique aux chefs d'hégémonies guerrières récentes. Samori Touré passa du rang inférieur de keletigi au rôle dirigeant de faama de Sanankoro. Dans un épisode de son ascension vers le pouvoir, ayant vaincu les mansa du Konya (Beyla), il s'entendit rappeler : “Nous sommes les maîtres du pays et nous ne voulons pas que des colporteurs se placent au-dessus de nous !”
Samori encaissa la remontrance méprisante. Puis il se retira après avoir ordonné à ses sofas de tuer les prisonniers, qui furent décapités aussitôt. Lire la note 66 du chapitre “L'année de Gbãkundo. ” dans Samori, une révolution dyulaT.S. Bah]